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L’incendie du 9 août 1868 à Flangebouche


Extrait du registre des délibérations (1868) –Maire : Alexis Vaufrey

"9 Août 1868. Epoque à jamais mémorable pour la population de Flangebouche.

C’est en ce jour qu’un terrible fléau, le feu, a détruit, en moins de trois heures, soixante-quinze maisons et a jeté plus de six cents personnes dans la plus affreuse misère. Il était une heure après midi. Le sieur Duffet Séraphin rentrant chez lui, aperçut une faible fumée dans la remise de M. Brenot Henri, son voisin. Il accourt pour tâcher de découvrir quelle est la cause de cette fumée et voit, à son grand effroi, un commencement d’incendie se déclarer dans un tas de paille. Il fait tous ses efforts pour l’étouffer, il crie, réclame du secours, mais en vain : personne n’entend ses cris ; et, au bout de quelques instants, il est forcé de laisser la victoire au cruel élément. Le feu prend une telle intensité que bientôt il est impossible d’approcher de la maison. Aux cris : au feu !! au feu !!! se fait entendre le tintement lugubre du clocher. Le monde accourt et la pompe de Flangebouche se rend immédiatement sur le théâtre du sinistre. Les pompiers, tous les habitants rivalisent de zèle pour concentrer l’incendie dans un foyer : inutile travail. Les flammèches poussées par un vent furieux ainsi que la chaleur, communiquent le feu de toutes parts et dans toutes les directions. Les travailleurs, entourés de flammes, sont obligés d’abandonner leur poste et de s’occuper au sauvetage de leur mobilier. Ils n’ont que le temps de sauver leur bétail et quelques hardes et sont forcés de fuir de tous côtés devant le fléau destructeur. A trois heures environ la chaleur échauffe le haut du dôme du clocher et en peu d’instants il est détruit par les flammes. Et avec lui, ces 3 belles cloches, qui, naguère, avaient résonné avec tant de majesté, et qui, tout à l’heure encore, ne faisaient plus entendre, hélas !!… pour la dernière fois… qu’une voix plaintive se mêlant au craquement des poutres. Elles avaient quitté leur place et avaient perdu leur forme et leur son. Ce n’était plus qu’une masse informe, présentant à l’œil triste un amas de matières carbonisées. Mais Dieu n’a pas voulu que sa maison soit détruite. Les secours se portent vers l’église et vers le presbytère dont la toiture commençait à s’enflammer. Après une demi-heure d’infatigables efforts, on parvient à les sauver tous deux. Mais ce qu’il y a de regrettable, c’est que des imprudents se sont permis de la dévaliser ; et par cet acte irréfléchi, ils ont causé des pertes considérables. Par un miracle providentiel, la maison commune entourée de tous côtés de flammes menaçantes, s’est conservée intacte. Vers cinq heures, le feu s’affaissait en quelque sorte, sur lui-même : 75 maisons, la proie du terrible élément, ne présentaient plus qu’une immense fournaise et à cette heure, dix sept maisons avaient seules pu être préservées. L’intensité de l’incendie avait été telle que deux pièces de sapin, placées sur un chariot, stationnant sur la route départementale, à quelques mètres des maisons, ont été brûlées en grande partie. Tous les secours ont été impuissants, et quoique la Commune soit pourvue de réservoirs et de fontaines nombreux et abondants, il n’a pas été possible de s’en servir, parce que, se trouvant au milieu même des maisons en feu, on ne pouvait en approcher. Les pompes et de nombreux habitants des communes de Loray, d’Orchamps-Vennes, Grandfontaine et Fournets, Fuans, Germéfontaine, Vercel, Avoudrey, Passonfontaine, Valdahon, Epenoy, Pierrefontaine, Laviron, Domprel aux premières alarmes, étaient accourus au secours de Flangebouche et ont rivalisé d’efforts et de zèle. M. Laudel, juge de paix à Pierrefontaine, était à leur tête, et l’un des premiers.

Ce désastre est considérable, et ce village n’est plus qu’une ruine. Les 75 maisons brûlées renfermaient 126 ménages, contenant plus de 600 personnes qui se trouvent maintenant sans abri et sans pain. Partie de ces personnes se sont réfugiées dans les communes voisines de Loray, d’Avoudrey, d’Orchamps, et partie chez les gens de Flangebouche, ceux qui ont échappé à l’incendie. Les maisons sont assurées ; mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’elles n’étaient assurées que pour des sommes peu élevées. Quant aux mobiliers, fort peu étaient assurés, et aucune récolte ne l’était. On doit ajouter que les récoltes de blé et d’avoine étaient presque achevées et à peine engrangées. Toutes ces récoltes ont été complètement perdues."

Françoise Verdenne
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