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Charles Le Téméraire réfugié à Nozeroy


Les justifications, les motivations relèvent d’un comportement duquel émergent pas mal de traits caractériels.L’image qui a fait de Charles le Téméraire , Duc de Bourgogne, un jouet manipulé par le machiavélique Roi de France Louis XI, n’est pas qu’une invention d’historien.Il est facile d’imaginer la jubilation de celui-ci quand le 6 février 1476, Charles quitte Besançon à la rête de 20 000 hommes.Le 19, les Bourguignons sont au coeur du pays vaudois, au bord du lac de Neufchatel.Ils viennent de prendre Grandson.Mais ils se sont livrés à des exactions superflues, crochant aux arbres de la cité, les 400 prisonniers qui leurs sont tombés entre les mains.Loin vers le nord, les "Confédérés" suisses forment leurs troupes issues des cantons hélvétiques "historique".Le 2 mars formés en bataillons carrés, desquels jaillissent des "piques" de six mètres de long , les Suisses avancent vers l’armée du Téméraire.Vers midi, les chevaliers bourguignons entrent en contact avec ces hérissons meurtriers. Des hauteurs mugissent les cors des Alpes, la "Vache d’Uri", le "Taureau d’Unterwalden".Il apparait rapidement que la détermination suisse, leur cohésion, l’atmosphère surréaliste crée par les mugissements venus d’outre tombe, jettent sur les escadrons bourguignons, une forme de terreur glacée.L’hésitation évolue d’abord vers un repli qui se veut tactique mais qui devient rapidement retraite puis débandade.

Nozeroy au bout de la fuite

Le Téméraire écume.Ivre de rage et d’impuissance, il doit, un des derniers, quitter le champ de bataille juste avant que l’étau ne se referme sur lui.Les Suisses ne disposent pas de cavalerie, la poursuite reste donc fort limitée.Le Duc, seulement accompagné de cinq hommes, se lance pourtant dans une course éperdue qui va l’amener à Jougne, au col des Monts Jura et aux limites du Pays Comtois.Le château, incendié peu avant, ne peut lui offrir d’abri.Plus probablement , la distance avec Grandson, 25 km, ne constitue pas un matela sécuritaire suffisant.Il est tard , on sort tout juste de février et il fait déjà nuit, la neige au sommet est sûrement abondante, la plaine suisse est elle-même enneigée.Pourtant le Téméraire se lance dans une traversée diagonale de la Haute Joux par la vieille route de Salins à la Suisse, après avoir franchi le Doubs à l’Abergement Sainte Marie.Avec une escorte à peine étoffée, il passe Chantegrue, franchit les crêtes à plus de 1 200 mètre d’altitude, certainement vers Taremberg, puis redescent sur le Léal et Mibois, près de Mignovillard.Par Bief du Fourg, il arrive à Nozeroy, dans le chateau de Louis de Chalon, son lieutenant qui vient précisément de perdre la vie à Grandson.

Un acharnement morbide

Le Téméraire semble avoir perdu à Grandson outre son armée une bonne partie de son potentiel analytique.Un de ces compagnons raconte même qu’après cette déroute, "il n’a retrouvé ni sa santé ni ses esprists".Il ne passe que deux ou trois jours à Nozeroy.Mais un processus mortel s’est mis en place.Il ne se lave plus, ne se déshabille plus, il boit beaucoup de vin, ne dort plus la nuit, souffre de l’estomac.Toutefois dans de véritables crises de rage, il commence déjà à réorganiser son armée et trouver les fonds nécessaires pour financer une revanche.Le 22 juin 1476, quatre mois après Grandson, il va subir à Morat une seconde défaite face aux mêmes adversaires.Mais les effets seront plus destructeurs.Fuyant le champ de bataille, le Téméraire va galoper vers le sud.Sa course folle s’arrétera sur les rives du Léman.Après cinq jours d’errance pathétique, à Morges, à Gex, il prend la route du Col de la Faucille, le 27 juin."Presque seul, il gagne Saint Claude, puis probablement par Moirans et Pont du Navoy , parvient à Salins.Le 22 juillet il s’installe à la Rivière-Drugeon, près de Pontarlier où il va séjourner deux mois.Une deuxième fois, il reforme une armée et au mois de janvier 1477, la mène à Nancy.C’est la mort qui l’attend .On retrouvera son cadavre , nu, au bord d’un étang, la face gelée à moitié dévorée par les loups.

Source : Le Progrés

Laurence Labays
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